Grégory Fachon, Maraîcher en Ille-et-Vilaine

Publié le 27 Mai 2015, par Fondation pour la Nature et l'Homme
Grégory Fachon
Maraîcher
Lieu Bruz (35)
Cibles:

« Revaloriser le métier d’agriculteur »

Depuis 2010, Grégory Fachon gère une exploitation maraîchère en Ille-et-Vilaine (35) suite à un appel à projet de la SAFER Bretagne pour accéder à la terre*. Pour lui, une démarche de progrès ne peut réussir sans une communication sincère et régulière entre les différents professionnels.

 

L’exploitation et la restauration collective de Bruz (35)

Située à seulement à 400m de la cuisine centrale de Bruz (35), l’exploitation maraîchère de 6,4 hectares assure la livraison en légumes et fruits certifiés bios de la cuisine centrale de la ville qui élabore près de 1100 repas par jour. Elle propose aujourd’hui 35 % de produits issus de l’Agriculture Biologique introduits sans surcoût comme le pain, la farine, le lait ou les fruits et légumes à hauteur de 80 %.

 

Questions

1- Pouvez-vous me décrire votre exploitation ?

2- Quelles raisons vous ont poussé à vous lancer dans le maraîchage biologique ?

3- Quels sont les principaux débouchés de votre exploitation ?

4- Quelles rencontres avez-vous faites ?

5- Avez-vous rencontré des freins à la mise en place d‘une alimentation durable et responsable dans votre établissement ? Si oui, comment avez-vous levé ces difficultés ?

6- Aujourd’hui, quel bilan dressez-vous de votre démarche ?

7- Quelles pistes de progrès voyez-vous pour les années à venir ?

8- Si vous deviez donner un conseil à un fournisseur voulant s’engager dans une démarche de restauration responsable quel serait-il ?

 

1- Pouvez-vous me décrire votre exploitation ?

Sur les 22 hectares de terres préemptées par le Conseil Général d’Ille-et-Vilaine (35), je dispose de 6,4 hectares dont 5 en SAU (surface agricole utile). Je cultive des légumes pleins champs certifiée bio: pommes de terre, poireaux, céleri, oignon, ail, choux, courge, courgette et de la patate douce. Je possède également des serres de 900m2. Il me manque un peu de surface donc je jongle avec mes rotations et leur durée, à savoir entre 3 à 6 ans.

 

2- Quelles raisons vous ont poussé à vous lancer dans le maraîchage biologique ?

J’ai, avant tout, décidé de me tourner vers le maraîchage bio parce que j’en avais marre de voir des gens de ma famille mourir à cause des pesticides. Ensuite, je me suis tournée vers la culture de produits biologiques pour son goût. Enfin, pour des raisons de technicités : produire en agriculture biologique demande davantage de techniques, de savoirs spécifiques et participe à une revalorisation de métier d’agriculteur.

 

3- Quels sont les principaux débouchés de votre exploitation ?

En 2011, j’ai commencé à vendre mes produits dans des magasins spécialisés et intégré l’AMAP locale qui représente 35% de mon chiffre d’affaires. A la suite de cela, tout s’est développé. Depuis septembre, je livre la cuisine centrale de la ville de Bruz afin de donner aux enfants et à la population des produits sains et de qualité, qu’elle soit riche ou pauvre. J’ai mes propres enfants qui fréquentent une cantine. Aujourd’hui, ce débouché représente 25% de mon activité professionnelle.

 

4- Quelles rencontres avez-vous faites ?

« Tout ce que tu as, tu te l’es créé ». J’avais l’envie de produire des beaux légumes, et tout ce que j’ai je le dois à mes proches et ma famille qui m’ont soutenu.

J’ai également la chance de travailler avec Manger Bio 35 qui représente une aide importante à travers son appui logistique face aux contraintes spécifiques de la restauration collective. Par exemple, les cantines sont principalement intéressées par des légumes de gros calibres. Si je travaille avec Manger bio 35, c’est aussi pour jouer le jeu car ce groupement contribue à la structuration de la filière et à son développement.

 

5- Avez-vous rencontré des freins à la mise en place d‘une alimentation durable et responsable dans votre établissement ? Si oui, comment avez-vous levé ces difficultés ?

La 1er frein a concerné les cultures en elles-mêmes : les deux premières années ont été difficiles mais j’ai appris. Désormais, je suis capable de réagir face aux intempéries et difficultés.

Les relations humaines n’ont pas toujours été évidentes. En France, on est en retard sur tout et notamment sur le collectif alternatif. Il y a beaucoup de coups bas dans la profession et de jugements, qui sont accentués par le manque de communication.

 

6- Aujourd’hui, quel bilan dressez-vous de votre démarche ?

Pour l’installation

Ce fut un parcours de combattant, le métier est très difficile : on travaille beaucoup pour gagner peu. Mais j’ai bon espoir que cela change.

Bilan partenariat RC

Cette idée de partenariat est née dès l’installation. Nous avons co-construit l’appel d’offres entre le restaurant, les agriculteurs et Manger Bio 35. Nous avons ainsi travaillé sur les allotissements. D’une manière générale, approvisionner la restauration collective est très enrichissant, on ne peut pas faire mieux :

  • La cuisine ne se trouve qu’à 400 m de mon exploitation ;
  • Les relations sont ponctuées de professionnalisme et il existe une véritable communication avec l’équipe de cuisine ;
  • Manger Bio 35 est une vraie sécurité en cas de difficultés pour livrer le restaurant suite à un problème de production : il existe donc une solidarité et complémentarité entre les producteurs locaux ;
  • Enfin, j’ai un retour gratifiant des enfants qui prennent du plaisir à manger à la cantine.

 

7- Quelles pistes de progrès voyez-vous pour les années à venir ?

J’aimerais acquérir plus de surface, non pour produire plus mais pour produire mieux. Je voudrais développer, par exemple, la patate douce. Si possible, je souhaiterais aider les personnes voulant à leur tour s’installer en les guidant sur l’acquisition du foncier par exemple, les démarches administratives…

Plus important, je voudrais  trouver un équilibre entre vie personnelle et métier de producteur afin d’avoir plus de temps disponible pour profiter de ma famille et de mes autres passions comme la musique.

 

8- Si vous deviez donner un conseil à un fournisseur voulant s’engager dans une démarche de restauration responsable quel serait-il ?

Je lui dirais de simplifier le système. On ne peut pas tout faire seul. Si cela ne tenait qu’à moi, j’arrêterais les AMAP par exemple. Je lui conseillerais aussi de se spécialiser un minimum car il est difficile d’accéder à la restauration collective si l’exploitation est trop diversifiée. Il est primordial de laisser de la place aux autres.

 

*Un portage foncier pour installer des agriculteurs bio

En 2009, un agriculteur de la commune partant à la retraite décide de céder 23 ha des 30 ha de son exploitation qui se retrouvent préemptées par la SAFER. Celle-ci les propose alors au Conseil Général d’Ille-et-Vilaine, qui dans son dispositif de portage foncier*, a lancé un appel à projet pour financer des projets agricoles de proximité innovants. Cela a permis l’installation de 5 agriculteurs bio sur le territoire communal dont les productions sont complémentaires : maraîchage diversifié, légumes de plein champs, verger et petits fruits, pépiniéristes.

*Qu’est-ce que le portage foncier ? L’idée est d’acheter du foncier pour le mettre en réserve durant deux ans afin de favoriser des projets d’installation d’agriculture durable, biologique, circuits courts…

 

Vous aussi, partagez votre témoignage !

En valorisant votre démarche et vos outils sur le portail, vous participez à la diffusion des informations qui permettront à chacun d’avancer plus loin vers une restauration collective responsable. Un formulaire de partage est à votre disposition !

ACCEDER AU FORMULAIRE DE PARTAGE >>