Eric Grunewald, coordinateur du réseau MBIM

Publié le 26 Janvier 2015, par Fondation pour la Nature et l'Homme
Eric Grunewald
Coordinateur du réseau MBIM
Lieu Valence
Cibles:

"Redonner à l'alimentation une place centrale"

Coordinateur du réseau de plateformes de distribution Manger Bio Ici et Maintenant (MBIM), Eric Grunewald s'implique à accompagner et rassembler les acteurs dans un objectif commun de revaloriser une alimentation de qualité (bio et locale). 

Ce témoignage a été récolté par la Fondation pour la Nature et l'Homme.

 

Questions

1- Qui êtes vous et quelles sont les principales caractéristiques de votre Réseau Manger Bio, Ici et Maintenant?

2- Quelles raisons, selon vous, poussent les distributeurs à entamer une démarche responsable en approvisionnement de produits bio locaux? Comment l’idée de créer un réseau de distributeurs responsables a-t-elle émergée?

3- Quelles sont vos principales missions ?

4- Avez-vous rencontré des freins à la mise en place d’une démarche responsable dans la distribution ? Si oui, comment avez-vous levé ces difficultés ?

5- Aujourd’hui, quel bilan dressez-vous du réseau MBIM ?

6- Quelles pistes de progrès voyez-vous pour les années à venir ?

7- Si vous deviez donner un conseil à un fournisseur voulant s’engager dans une démarche de restauration responsable quel serait-il ?

 

1- Qui êtes vous et quelles sont les principales caractéristiques de votre Réseau Manger Bio, Ici et Maintenant?

Je suis coordinateur du réseau Manger Bio Ici et Maintenant depuis 2010. Ce réseau émane d’un travail réalisé par la FNAB autour de l’approvisionnement en restauration collective depuis 2007.

A cette époque nous avons vu émerger et se consolider de plus en plus de plate-formes de distribution de produits bio, créées par les producteurs eux-mêmes, qui se sont retrouvées sur un secteur nouveau, avec des acteurs mal connus, des règles nouvelles (hygiène, budget,…) alors que ces producteurs et leurs groupements syndicaux étaient principalement en lien avec le monde agricole. Il y a eu une coordination et un accompagnement informels des plate-formes d'abord par la FNAB pendant deux ou trois ans. Puis cet embryon de réseau s’est incarné en 2010 avec le souhait de quelques plate-formes de créer cette association qui leur serait entièrement dédiée.

Au début, il y avait 6 plate-formes dans ce réseau dont les objectifs étaient de :

  • rassembler les acteurs autour d’objectifs communs ;
  • défendre une certaine vision de la bio, locale, cohérente avec les territoires et rémunératrice pour les producteurs et notamment en restauration collective. C’est une agriculture qui joue également son rôle dans l’éducation que ce soit les enfants ou les personnels de cuisine etc ;
  • mutualiser les outils existants pour avancer tous ensemble.

Aujourd’hui, nous comptons 15 plate-formes dans le Réseau MBIM. L’association vient d’ouvrir ses statuts à des partenaires techniques, d’autres réseaux qui accompagnent la démarche d’introduction des produits bio et des distributeurs. Ce partage se matérialise dans des collèges distincts par des catégories de partenaires et dans des commissions thématiques qui permettent de recouper les expertises et les points de vue.

 

2- Quelles raisons, selon vous, poussent les distributeurs à entamer une démarche responsable en approvisionnement de produits bio locaux? Comment l’idée de créer un réseau de distributeurs responsables a-t-elle émergée?

Plusieurs raisons peuvent les pousser : développer les surfaces et/ ou diversifier les débouchés des producteurs tout en étant justement rémunérés. C’est ce qui motive les producteurs bio à se regrouper dans des entités économiques. Sans compter le fait de pouvoir mutualiser les services de commercialisation qui sont aujourd’hui essentiels pour toucher les professionnels de la restauration collective (facture et livraison unique, réponse à des appels d’offre, un seul interlocuteur pour les collectivités, référencement par les sociétés de restauration concédée).

Après, je pense que beaucoup de grossistes s’engagent sur la bio car elle représente une plus value et un moyen de se positionner sur le développement durable. Pour les grossistes conventionnels, remplir des camions avec des produits plus chers permet également de rentabiliser la logistique et le coût d’acheminement. 

 

3- Quelles sont vos principales missions ?

Mes missions en tant que coordinateur sont diverses et variées, il s’agit :

  • d’animer et de coordonner les personnes qui soutiennent les plate-formes en les aidant à se professionnaliser (formation, veille, outils innovants etc.) ;
  • d’acquérir des compétences sur le champ de la restauration collective en étant pertinent sur tout ce qui peut être en rapport avec la vente et la gestion commerciale en proposant des indicateurs clairs pour mettre en place des prix cohérents ;
  • de structurer et développer un modèle économique innovant ;
  • d’amener de la visibilité pour les adhérents du réseau ;
  • de négocier des partenariats nationaux pour amener aux professionnels une offre viable, basée sur des produits locaux et adaptée à la restauration collective.

 

4- Avez-vous rencontré des freins à la mise en place d’une démarche responsable dans la distribution ? Si oui, comment avez-vous levé ces difficultés ?

Le principal frein à la création d’un réseau est de parvenir à impliquer les adhérents dans le processus et de leur montrer le bénéfice que le réseau peut leur amener, car cela implique pas mal de temps et de moyens. Il faut parvenir à ce que ces personnes membres dégagent du temps.

Pour rendre dynamique ce réseau, l’enjeu est de le rendre utile en répondant aux besoins des adhérents, de fédérer les envies et les énergies autour d’un besoin commun. Il fallait ainsi rendre des services en automatisant d’avantage certaines tâches. Par exemple, afin de soulager la saisie et la gestion des commandes, nous avons développé des solutions informatiques leur permettant d’être en contact direct avec les collectivités et les producteurs. 

 

5- Aujourd’hui, quel bilan dressez-vous du réseau MBIM ?

C’est un bilan plutôt positif que nous pouvons dresser. Nous avons réussi à garder et à développer un cadre structurant qui nous permet d’être des acteurs professionnels dans le secteur de la restauration collective et ceci dans un objectif politique, à savoir le développement d’une bio cohérente permettant d’augmenter les surfaces bio dans l’hexagone.

Depuis deux ans, le progrès se fait encore plus ressentir: les acteurs semblent mieux impliqués et intégrés sur le territoire. Ils ont reçu une reconnaissance politique via le fonds Avenir Bio en 2011 et le Forum Avenir Bio organisé en octobre 2014, qui avait pour vocation de rassembler largement les acteurs publics et privés concernés. Ce qui est intéressant aussi est de voir qu'une volonté et un socle de base se sont institués puisque la plupart des acteurs, présents dès le départ, sont toujours membres du réseau.

En 2013 l’ensemble des membres de notre réseau a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 7 millions d’euros. Aujourd’hui, nous regroupons entre 250 et 300 producteurs à travers 10 plate-formes régionales et 5 départementales. Selon les plate-formes, nous observons une croissance qui varie de 20 à 30% par an.

 

6- Quelles pistes de progrès voyez-vous pour les années à venir ?

Nous pouvons progresser sur l’implication des collectivités : aujourd’hui, elles ne sont que peu investies et responsables sur leur rôle dans le domaine alimentaire. Nous avons parfois l’impression que tout repose sur les producteurs qui doivent également sensibiliser la population.

Les outils économiques créés par les producteurs bio restent fragiles : impliqués dans un domaine qui relève à la fois d’un secteur économique et concurrentiel, et du domaine de l’intérêt général, nous nous retrouvons avec des missions qui demandent du temps, de la sensibilisation, de la conviction et également d’être économiquement pertinentes : c’est un grand écart permanent.

Nous observons très peu de démarches volontaires de la part des collectivités locales : elles restent trop souvent dans une position de clients, de consommateurs de produits, au lieu de percevoir les outils que nous mettons en place comme des instruments pour gérer ensemble les ressources alimentaires et environnementales d’un territoire.

De manière générale, il faudrait revaloriser l’alimentation, lui redonner une position centrale. Nous sommes trop habitués à consommer des produits issus de l’agriculture intensive et subventionnée dans laquelle les producteurs ne sont pas rémunérés à leur juste valeur et à gérer les ressources naturelles à la marge. 

 

7- Si vous deviez donner un conseil à un fournisseur voulant s’engager dans une démarche de restauration responsable quel serait-il ?

Qu’il puisse savoir sur quoi est basée une démarche responsable et sur quels produits de qualité est elle basée. De bien se renseigner sur ce qu’implique la restauration collective responsable. Il est aussi important d’élaborer un projet viable sur le long terme. Cela suppose de s’assurer que sa vision est partagée par d’autres acteurs et de s’appuyer sur un projet politique solide. En effet, ce n’est pas parce que nous sommes producteurs bio, par exemple, que nous avons la même vision de la stratégie et de la politique à mettre en place. Cette politique de coopération entre acteurs doit également s’afficher dans des actions concrètes.

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